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Gérer sa bankroll avec la méthode Kelly allégée : un plan d’action concret pour parieurs sportifs

Parier n’est pas deviner. C’est gérer des probabilités, du risque et un capital limité. Si vous avez déjà enchaîné de bonnes analyses pour finir malgré tout en territoire négatif, il y a de fortes chances que votre problème ne vienne pas du « pronostic » en soi, mais de l’absence d’un cadre systématique. Voici un plan d’action clair, orienté résultats, pour transformer vos intuitions en décisions mesurées : filtrer vos paris, dimensionner vos mises avec Kelly allégée et piloter votre bankroll comme un portefeuille.

Interface d'un bookmaker moderne et marchés de paris
Un bon pari commence par un bon prix. Avant de cliquer, vérifiez la probabilité implicite et la marge.

Le cadre en trois filtres : prix juste, avantage mesuré, mise adaptée

Votre routine devrait tenir en moins de 90 minutes par semaine : constituer une short-list, vérifier que le prix bat le « juste prix », puis dimensionner la mise. Trois filtres, pas plus :

  1. Le prix est-il au-dessus du « juste prix » après retrait de la marge ?
  2. Disposez-vous d’un avantage mesurable (même modeste) ?
  3. La mise proposée par votre règle de gestion du risque est-elle cohérente avec votre tolérance aux pertes ?

Filtre 1 : déterminer le « juste prix » en retirant la marge

La plupart des parieurs comparent des cotes sans regarder les probabilités implicites ni la marge. Or, une cote n’est qu’un prix sur une probabilité. Convertissez toujours vos cotes en probabilités et « dé-viguez » (retirez la marge du bookmaker) avant de juger. Méthode simple :

  • Probabilité implicite : p = 1 / cote décimale.
  • Marge totale : somme des probabilités des issues proposées – 1.
  • Probabilités sans marge : p′i = pi / (somme de toutes les pi).

Exemple : un match à deux issues avec 2,10 vs 1,75.

  • pA = 1/2,10 = 0,4762 ; pB = 1/1,75 = 0,5714 ; somme = 1,0476.
  • Sans marge : p′A = 0,4762 / 1,0476 ≈ 0,4545 ; p′B ≈ 0,5455.
  • Cotes « justes » : 1/p′A ≈ 2,20 ; 1/p′B ≈ 1,83.

Conclusion : si vous obtenez 2,10 sur A alors que le « juste prix » sans marge est 2,20, ce pari n’est pas bon marché. À l’inverse, un 2,25 deviendrait intéressant selon votre estimation.

Filtre 2 : mesurer un avantage sans modèle complexe

Pas besoin d’un modèle ultra-sophistiqué pour démarrer. L’objectif est d’estimer une probabilité qui soit, en moyenne, un peu meilleure que celle du marché. Trois pistes pragmatiques :

1) Lignes de clôture (CLV) comme proxy

Si vous battez régulièrement la cote de clôture (la cote juste avant le coup d’envoi), vous tenez une preuve statistique que votre sélection a de la valeur. Tenez un journal : cote prise, cote de clôture, et notez la différence en probabilité implicite. Par exemple, si vous prenez 2,10 (47,62 %) et que ça clôture à 2,00 (50 %), vous avez capturé de la valeur.

2) Heuristiques spécialisées par sport

  • Football : lisez les modèles Poisson simplifiés pour les buts attendus (xG), mais surtout, surveillez les changements d’alignement, les minutes jouées récentes et les contraintes de calendrier (3 matchs en 8 jours).
  • Tennis : la surface et le ratio service/retour récents prédisent plus que le classement brut.
  • Basket : back-to-back, usage rate, blessures masquées (minutes limitées) influencent les totaux.

3) Marchés de niche et timing

Sur les marchés principaux, la concurrence écrase souvent votre edge. Cherchez des marchés secondaires moins efficients (buteurs, cartes, remplacements) et repérez les créneaux où l’information bouge (compos, lineups) pour prendre des prix encore « endormis ».

Filtre 3 : dimensionner vos mises avec Kelly allégée

La formule de Kelly donne la fraction optimale de votre bankroll à engager quand vous avez un avantage. En version décimale : si la cote vaut O, alors b = O − 1, p est votre probabilité estimée, q = 1 − p. La fraction Kelly est :

f* = ((b × p) − q) / b.

Exemple concret : vous estimez p = 0,48 sur une cote à 2,10 (b = 1,10). f* = (1,10 × 0,48 − 0,52)/1,10 = (0,528 − 0,52)/1,10 ≈ 0,0073. Donc 0,73 % de la bankroll en Kelly plein. En pratique, utilisez 1/2 ou 1/4 Kelly pour réduire la variance : ici, 0,18 % de la bankroll en 1/4 Kelly.

Cas simple aux cotes 2,00 (b = 1) : f* = 2p − 1. Cela donne des ordres de grandeur intuitifs.

Cote Probabilité estimée p Kelly f* 1/2 Kelly 1/4 Kelly
2,00 0,51 0,02 1 % 0,5 %
2,00 0,53 0,06 3 % 1,5 %
2,00 0,56 0,12 6 % 3 %

La mise finale = fraction × bankroll actuelle. Pas de « mise fixe » qui ignore la taille du capital, pas de « double down » après une perte. Vous êtes un gestionnaire de risque, pas un joueur de casino.

Variance et creux de performance : ce qui est normal (et supportable)

Même avec un edge positif, vous rencontrerez des séries perdantes. À 1/4 Kelly et un avantage moyen de 2 % sur des cotes proches de 2,00, une baisse temporaire de 15–25 % de la bankroll est plausible. C’est précisément pour absorber ces creux qu’on fractionne Kelly. Deux règles pour tenir :

  • Réévaluez votre edge si vous ne battez plus la cote de clôture sur 200 paris consécutifs.
  • Réduisez d’un cran (de 1/2 à 1/4 Kelly, voire à « anti-Kelly » = 0,1 Kelly) si la volatilité vous stresse au point de perturber vos décisions.

Plan d’action 30 jours

Semaine 1 : préparer l’atelier

  • Fixez une bankroll consacrée (argent de loisir, jamais d’argent nécessaire au quotidien).
  • Créez un tableur avec colonnes : date, sport, marché, cote, proba estimée p, cote sans marge, f* Kelly, mise, résultat, cote de clôture.
  • Définissez votre fraction de Kelly (débutants : 1/4 Kelly).

Semaine 2 : discipline du « juste prix »

  • Ne validez aucun pari sans recalcul de la probabilité implicite et du prix sans marge.
  • Écartez systématiquement les sélections qui ne battent pas le juste prix.

Semaine 3 : construire un micro-edge

  • Spécialisez-vous sur un seul sport et 1–2 marchés (par exemple, buteurs et lignes de buts au football).
  • Rédigez 3 heuristiques propres (ex. : éviter les buteurs hors forme < 0,25 xG/90 sur 5 matchs).

Semaine 4 : évaluer et ajuster

  • Analysez vos 50–100 premiers tickets : comparez vos cotes prises aux cotes de clôture.
  • Si vous ne battez pas la clôture, réduisez la voilure et ré-examinez vos heuristiques.
  • Si vous la battez souvent, envisagez d’augmenter légèrement la fraction (mais jamais au-delà de 1/2 Kelly en récréatif).

Où tester cette méthode

Choisissez un opérateur avec marchés décimaux clairs, offre large et limites correctes. Pour évaluer en situation réelle et comparer les prix, vous pouvez consulter https://stake-bet.eu/. L’important n’est pas la « marque », mais la possibilité de trouver des prix qui dépassent votre juste prix et d’exécuter vos mises sans friction.

Feuille de route quotidienne (15 minutes)

  1. Scanner rapide : repérez 3–5 cotes potentiellement mal pricées selon vos heuristiques.
  2. Dé-viguer et estimer p : écartez tout ce qui ne bat pas le juste prix.
  3. Appliquer Kelly allégée : calculez la fraction et la mise exacte dans votre tableur.
  4. Consigner et programmer un rappel pour noter la cote de clôture.

Automatiser les calculs dans un tableur

Supposons : O = cote décimale, P = probabilité estimée, Bank = bankroll actuelle.

  • b = O − 1
  • f = ((b × P) − (1 − P)) / b
  • mise = Bank × f × (0,25 si vous faites 1/4 Kelly)

Ajoutez une cellule « Stop » qui force la mise à zéro si f ≤ 0. Une fraction négative signifie que le prix est mauvais : passez votre tour.

Erreurs fréquentes et correctifs rapides

  • Ne pas tenir compte de la marge : vous croyez à une « valeur » qui n’existe pas. Correctif : toujours dé-viguer avant décision.
  • Sur-confiance sur p : une estimation optimiste de 3–4 points vous surcharge en Kelly. Correctif : réduire systématiquement p d’un « handicap » conservateur (par exemple −1,5 pt) tant que vos historiques n’attestent pas de la qualité de vos estimations.
  • Augmenter la mise après une perte (« chasse ») : ruine quasi-assurée. Correctif : les mises ne dépendent que de p, O et Kelly, jamais du résultat précédent.
  • Multiplier les sports et marchés : dilution de l’expertise. Correctif : spécialisation stricte jusqu’à victoire durable contre la clôture.

Comprendre l’espérance de gain par pari

L’espérance par euro misé vaut : EV = p × (O − 1) − (1 − p). Reprenons l’exemple p = 0,48 et O = 2,10 : EV = 0,48 × 1,10 − 0,52 = 0,528 − 0,52 = +0,008, soit +0,8 %. Ce n’est pas spectaculaire à l’échelle d’un pari, mais cumulé sur des centaines d’occasions, c’est un moteur robuste de croissance. Les parieurs gagnants n’explosent pas la banque avec un coup de génie ; ils empilent de petites survaleurs, systématiquement.

Quand baisser (ou couper) la voilure

  • Six semaines sans battre la clôture : retour à 1/8 Kelly et audit complet de vos heuristiques.
  • Perte de 30 % de bankroll : pause 72 heures, revue froide des critères, reprise à 1/8 Kelly.
  • Changement de sport/marché : repartir au minimum (1/10 à 1/8 Kelly) le temps de valider la qualité des estimations.

Exemple complet, de l’idée à la mise

  1. Vous ciblez « Buteur » en Ligue 1, heuristique : xG/90 ≥ 0,45 sur les 5 derniers matchs et pénalty potentiel.
  2. Vous trouvez une cote à 3,10. Probabilité implicite : 1/3,10 ≈ 0,3226. Vous dé-viguez sur le marché (en comparant plusieurs books) et obtenez un juste prix estimé à 3,05 (0,3279).
  3. Votre estimation p, en intégrant l’info compo et la forme, est 0,35. Avantage : EV = 0,35 × 2,10 − 0,65 = 0,735 − 0,65 = +0,085 (8,5 % par euro).
  4. Kelly : b = 2,10 ; f* = (2,10 × 0,35 − 0,65)/2,10 = (0,735 − 0,65)/2,10 ≈ 0,0405 (4,05 %).
  5. Avec 1/4 Kelly et une bankroll de 1 000 €, mise = 1 000 × 0,0405 × 0,25 ≈ 10,13 €.

Pas de rondeur arbitraire à 15 € « parce que ça sonne bien » : la mise optimale est celle qui respecte le risque.

Rester lucide : trois garde-fous

  • Limiter le nombre de paris par jour : au-delà de 5–6, la qualité baisse.
  • Définir des « non-paris » : pas d’enjeux sur vos équipes favorites, jamais après alcool, jamais en tilt.
  • Écrire vos raisons avant de miser : si vous ne pouvez pas résumer en une phrase l’edge, c’est qu’il n’est pas clair.

Ressource vidéo : comprendre la variance et Kelly

Cette vidéo explique très bien pourquoi de « petits » avantages exigent une gestion de mise scolaire pour produire des résultats durables :

Le vrai message

La rentabilité ne vient pas d’avoir « souvent raison », mais d’acheter à meilleur prix que le marché quand vous avez raison un peu plus souvent que lui. Retirez la marge, estimez prudemment p, misez avec Kelly allégée, suivez vos données, ajustez votre fraction si la variance vous secoue. Après 200–300 paris exécutés ainsi, vous saurez si votre edge est réel. Et si ce n’est pas le cas, vous aurez un cadre pour progresser — sans vous ruiner.

Jouez de manière responsable. Fixez des limites, acceptez l’incertitude et souvenez-vous : le but n’est pas d’avoir un frisson, mais de prendre de bonnes décisions répétables.